L'IRD au Mexique - Hommage à la mémoire de notre ami et Collègue Christopher AUGUR
 
   

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Hommage à la mémoire de notre ami et Collègue Christopher AUGUR


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Le Dr. Christopher Augur, chercheur de l’Institut de Recherche pour le Développement, spécialiste en biotechnologies, s’est éteint ce samedi 31 janvier 2009 à Mexico, des suites des blessures reçues lors de l’agression dont il avait été victime le mardi 27 janvier. Le personnel de l’IRD au Mexique, en France et dans le reste du monde tient à exprimer sa profonde émotion et son soutien à la famille de Christopher. L’IRD remercie toutes les personnes qui lui ont manifesté leur solidarité au cours des journées passées.






Quelques uns des hommages à la mémoire de Christopher parus dans la presse mexicaine :

- Consternación, de Guadalupe Loeaza / 29 janvier 2009

- Christopher... In Memoriam, de Gustavo Viniegra / 3 février 2009

- Communiqué de la Représentation de l’IRD au México / 31 janvier 2009





Nous sommes à Beaugency pour honorer la Mémoire de Christopher AUGUR, qui a été sauvagement assassiné le Mardi 27 janvier 2009, dans une rue à proximité de l’aéroport international de Mexico, alors qu’il était en accueil à l’Université Autonome Metropolitaine d’Iztapalapa.

Depuis une semaine me reviennent en mémoire tous les bons moments que nous avons passé ensemble. En Avril 1993 il s’était présenté au concours externe pour rentrer à l’ORSTOM pour travailler au sein de mon équipe de recherche. Il a été recruté en octobre de la même année, mais j’ai souhaité qu’au préalable, il puisse achever son post-doctorat à l’Université de Barcelone. C’est ainsi qu’il est arrivé à Montpellier en novembre 1993 pour rejoindre notre petite équipe avec Nathalie, Isabelle, Laure, Eric, Bernard, Maurice, Sébastien et tous nos étudiants de l’époque. Très vite il s’est informé du fonctionnement de notre équipe et dès le lendemain il est venu me voir avec son projet de formation en Mycologie. En effet il souhaitait s’investir dans des études relatives aux champignons filamenteux qui constituait pour lui, spécialiste de la cellule végétale, un domaine nouveau.

Il est donc parti aux Pays Bas pour quelques mois, à l’université de Wageningen, puis il a été affecté au Mexique, à la UAM d’Iztapalapa où il est resté 6 années. Ensuite, il a fait un séjour de 2 ans à l’Université de Georgia, avant de rentrer à Marseille avec toujours le désir de voir et de connaître ailleurs. Dès qu’il posait son ordinateur sur son bureau c’était pour lui une occasion de rechercher à participer à des congrès et des séminaires ou à réaliser des missions. Il était en outre toujours prêt et enthousiaste à contribuer à l’organisation de séminaires scentifiques incitant ses étudiants à participer eux aussi à des Congrès, aux quatre coins du monde (Japon, Inde, Australie, Israel, Brésil, USA, Mexique) et bien entendu en Europe. Les voyages, la découverte du monde et des gens, constituaient en fait l’une de ses premières passions.

Grâce à son travail au sein de l’IRD, il a pu connaître beaucoup de laboratoires et des équipes de recherches dans son domaine de compétences, qui à terme, sont devenus ses amis. Ainsi, aux quatre coins du monde, il avait ses correspondants. Lors de ses voyages, ses amis avaient pris l’habitude de prendre soin de ses orchidées car il avait aussi comme passion, la culture des orchidées rares et l’amour de la peinture. Il connaissait et fréquentait Ricardo Martinez, un peintre bien connu au Mexique qui est décédé récemment. Pour chaque nouvelle acquisition, il passait des heures à me raconter avec beaucoup d’enthousiasme et de détail les anecdotes qui avaient abouti à la naissance du tableau. Pour les orchidées, dans chaque pays, il avait ses fournisseurs ; mais c’est bien à Mexico qu’il les gardait précieusement. A chaque voyage il revenait avec quelques spécimens rares pour sa collection personnelle mais aussi pour les offrir à ses amis.

Parmi ses grandes qualités, on peut citer sa fidélité en amitié, sa générosité, son humanisme. Souvent il a aidé ses amis, ses collègues de travail et comme il disait si bien, la fondation Augur prenait en charge souvent les frais de ses étudiants. Ces nombreux amis savaient qu’ils pouvaient compter sur lui, soit pour un Conseil pour leur prochain voyage, soit pour trouver un logement, alors que sa maison leur était toujours ouverte. Christopher adorait faire plaisir à ses amis en créant des plats exotiques ou traditionnels, et ceux qui l’on connu partout dans le monde, garderont de lui cette image d’épicurien, connaissant et collectionnant les bonnes adresses de restaurants où il nous invitait lorsque nous étions de passage.

Son caractère était joyeux et il appréciait l’humour. Son regard était plein de tendresse et de compréhension pour ses proches. Il souriait souvent, des fois presque pour cacher un brin de mélancolie ou de colère. Son caractère était fort avec une capacité extraordinaire d’analyse et de jugement sur la qualité des hommes, presque infaillible. Dès son premier regard, il pouvait analyser le caractère et la personnalité des gens qu’il rencontrait. Il était fier de cette qualité, que tout le monde reconnaissait car effectivement il se trompait rarement. Son caractère énergique lui permettait de prendre rapidement des décisions et de concrétiser ses projets.

Toutes ces qualités, il les a mises au service de son travail, de ses collègues les plus proches, de ses étudiants, de ses amis et de sa famille. Il a eu la chance de réaliser ses travaux de recherche au prestigieux centre de recherche sur les sucres complexes des végétaux guidés par le Prof. ALBERSHEIM et le Dr. BERGMAN, à l’Université de Georgia, au campus d’Athens. En 2001, il m’avait invité avec ma famille à visiter l’université, ses laboratoires, la ville d’Atlanta, la maison de Martin Luther King. J’ai pu à cette occasion constater qu’il était très connu et aimé dans cette université où il a gardé de très bonnes relations. Il avait planifié de s’y rendre cette semaine avec ses collaborateurs et étudiants pour leurs travaux de recherche sur la jacinthe d’eau.

En recherche, il a réalisé un travail remarquable sur les enzymes d’origine fongique. Il était très méthodique, appliqué, imaginatif et fondamentalement et simplement curieux. Il a travaillé essentiellement sur des enzymes nouvelles avec obstination pour les révéler, les produire, les purifier et ensuite les cloner. Il aimait le travail bien fait et il était très sévère mais juste et correct avec ses étudiants, en deux mots il était un excellent professionnel.

Bien qu’il n’était pas enseignant à l’université, il adorait donner des conférences de très haut niveau sur des sujets relevant de sa thématique de recherche. De ce fait, il était souvent sollicité comme conférencier invité lors de congrès internationaux de Biotechnologie. Dès 1995, il m’a aidé pour l’organisation du 1er Séminaire international sur les Fermentations en milieu solide (FMS-95). Par la suite, il a participé activement à l’organisation du 3ème Séminaire international de Biotechnologie pour l’AgroIndustrie du Café (SIBAC) qui s’est tenu au Brésil en 1999. Son apport a aussi été très significatif lors du Séminaire « New Horizons en Biotechnologie » en Inde, et plus récemment lors du Séminaire Oliveboioteq-2004 qui au lieu au Maroc. Il était membre de la Société mexicaine de Biotechnologie et de Bioprocédés, et membre fondateur de La Société Internationale de Procédés des Aliments.

Au cours de sa carrière scientifique, hélas bien trop brève, il a publié plus de 40 articles et autant de chapitres d’ouvrages. Il a été co-éditeur du livre New-Horizons in Biotechnology. En 2003, il a présenté et obtenu son HDR à l’Université de Provence ce qui lui a permis de coordonner des projets internationaux en particulier avec l’Inde et le Mexique. Aujourd’hui la recherche française a perdu un brillant représentant, les personnels de l’IMEP et de la UAM-I un collègue remarquable tant par ses qualités scientifiques qu’humaines….

Personnellement j’ai perdu un compagnon et grand ami. Nous avons pendant 16 ans partagé les mêmes joies et les mêmes peines et maintenant nous célébrons ta mémoire.

Tu as bien vécu, beaucoup voyagé, tu as su te constituer un réseau très large d’amis et tu as exercé avec passion un métier qui te passionnait, mais ta vie s’est arrêtée brutalement, en quelques secondes par une main assassine qui nous prive à jamais de toi et qui nous plonge dans une profonde tristesse. Ce qui a mis des années à se construire peut ainsi être détruit en un instant. Devant cette injustice, des milliers des gens se mobilisent actuellement au Mexique pour que de tels actes ne puissent jamais se reproduire. Au moins ta mort malheureusement et douloureusement pourra, peut être ainsi et encore une fois, aider le peuple mexicain que tu aimais tant.

Avant de terminer je voudrais dire à ta famille et au nom de mes collègues de l’IRD, de l’IMEP, de l’Université Paul Cézanne notre grande peine. J’ai le devoir d’y associer nos amis communs qui nous ont transmis de tous les coins du monde, où tu es passé, des messages de sympathie auxquels ta famille est aussi destinataire. Ces messages leur seront donc communiqués ainsi qu’à Isabelle, l’amie de tous les instants, car une peine partagée est plus légère à supporter.

Que tu reposes en paix.



Sévastianos ROUSSOS, Directeur de Recherche à l’IRD, Responsable de la composante de l’IRD à l’Institut Méditerranéen d’Ecologie et de Paléoécologie (IMEP), Faculté de Sciences et Techniques de Saint Jérôme, Université Paul Cézanne, Marseille.






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Dernière modification sur le site le 27 janvier 2012